Ne vous laissez pas berner par Emmanuel Macron, le "modéré".


Il est dramatique d'être contraint d'aller chercher dans des médias étrangers une analyse qui échappe au trop fréquent cirage de bottes des journalistes français qui ont apparemment perdu tout sens critique.

 

J'ai donc traduit cet article du Guardian pour faire résonner un autre son de cloche et dresser un portrait de Macron plus proche de la réalité.

 

 


 


https://static.blog4ever.com/2012/01/636480/l.gife président français est salué comme un sauveur centriste, un rempart contre les extrêmes, même s'il réduit les impôts des riches, attaque les droits des travailleurs et diabolise les réfugiés.

Le monde est devenu fou, les fanatiques de gauche et de droite sont en marche, les voix de la raison ont été mises de côté. C'est le point de vue des soi-disant "modérés" ou "centristes" du monde politique et des commentateurs. Il y a eu peu de réflexion sur la façon dont le modèle économique qu'ils défendaient a déclenché tant de colère et de désillusion.

Plutôt que de débattre d'idées et de politiques, ils se tournent vers des hommes prétendument charismatiques qui pourraient agir comme sauveurs. David Miliband est le prince éternel marchant sur l'eau. Mais leur icône internationale, le Français Emmanuel Macron, donne une leçon instructive sur ce que la politique "centriste" signifie dans la pratique.

Macron est beaucoup plus populaire sur la scène internationale qu'en France, où le mécontentement à l'égard de sa présidence a grimpé à 58 % moins d'un an après son élection. Voici un homme qui doit son pouvoir à la chance plutôt qu'à une quelconque justification de sa philosophie politique. Au premier tour de l'élection présidentielle française, il a obtenu moins d'un quart des suffrages et pas plus que trois autres candidats, dont l'extrême droite Marine Le Pen et la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon. La victoire de Macron au deuxième tour n'était pas tant un appui qu'un rejet du fascisme.

Le scepticisme français à l'égard de Macron contraste fortement avec son propre manque de doute de soi. Il a refusé d'être interrogé par les journalistes parce que ses "processus de pensée complexes" n'étaient pas adaptés à un tel cadre. Ses dénonciations de ses opposants ne seraient pas déplacées sur le fil Twitter de Donald Trump : ce sont des "fainéantes" et des "fainéants", tandis que les travailleurs protestant contre les pertes d'emplois devraient cesser de "faire des ravages" et chercher un emploi ailleurs. Macron est une Margaret Thatcher qui redistribue la richesse à ceux qui en ont trop, tout en attaquant les droits des travailleurs et le modèle social français durement conquis. Ses modifications fiscales ont permis aux cent ménages les plus riches de bénéficier de plus d'un demi-million d'euros par an : le 1% du haut de l'échelle a bénéficié de 44% de ses nouveaux allégements fiscaux.

Pour les moins nantis, c'est une autre histoire. Cet ancien banquier d'affaires a réduit les allocations de logement et augmenté les impôts sur les retraités - dans un pays où la pension mensuelle moyenne n'est que de 1 300 € (1 100 £). Ses politiques ont fait passer l'équilibre du pouvoir sur le lieu de travail des travailleurs aux patrons. Les étudiants français organisent des occupations et protestent contre des conditions d'entrée plus sélectives dans les universités, ce qui constitue une attaque contre l'éducation universelle gratuite et le modèle social français.

Un autre pilier de son agenda est la privatisation, y compris des aéroports français et d'une partie de la compagnie nationale d'énergie. Sa confrontation avec les travailleurs ferroviaires est considérée comme une tentative de jeter les bases d'une privatisation catastrophique de l'industrie ferroviaire à la britannique. La déréglementation imposée par l'UE signifiera que les entreprises étrangères pourront bientôt concurrencer la SNCF, et Macron est en train de la transformer d'une entreprise d'État en société anonyme ; exactement ce qui s'est passé avec France Télécom, anciennement propriété de l'État.

Les soi-disant centristes sont censés être socialement libéraux. Macron expose ce mythe pernicieux pour ce qu'il est. Un homme qui a courtisé des électeurs de gauche en promettant une politique humaine à l'égard des migrants et des réfugiés les a maintenant en ligne de mire. Le nombre de jours pendant lesquels une personne sans papiers peut être emprisonnée dans un centre de détention doit être doublé ; le délai d'examen pour l'asile a été réduit de moitié, ce qui signifie que moins de réfugiés seront acceptés. Les organismes de bienfaisance avertissent que les réfugiés fuyant la guerre seront déportés. Le ministre de l'Intérieur de Macron, Gérard Collomb, affirme que les communautés se désagrègent parce qu'elles sont submergées par l'afflux de demandeurs d'asile. Pas étonnant que le Front national d'extrême droite ait décrit sa politique comme une "victoire politique".

Macron n'offre pas d'avenir à la France, et encore moins à toute autre société occidentale. Mais il y a de l'espoir. Pendant des années après que François Hollande a trahi sa promesse électorale de 2012 pour rompre avec l'austérité, la gauche française était dans le marasme. Les sondages ont montré que l'extrême droite était la plus forte parmi la jeune génération désabusée et peu sûre d'elle. L'ascension du politicien radical de gauche Mélenchon a changé cela : il a remporté près d'un cinquième des voix au premier tour de l'élection présidentielle, en partie en arrachant une partie des mécontents des mâchoires de l'extrême droite.

Macron est présenté comme une oasis de modération, un rempart contre les extrêmes. Mais il n'y a rien de modéré à réduire les impôts sur les riches, à attaquer les droits des travailleurs ou à diaboliser les réfugiés. Il représente sur un modèle économique qui a engendré une insécurité de masse et s'est avéré un ingrédient essentiel dans la renaissance du fascisme français.

C'est la même chose dans tous les pays de l'ouest. Un modèle économique injuste défendu depuis longtemps par les partis du centre-droite et du centre-gauche - un modèle qui a entraîné un effondrement économique qui a conduit à l'austérité et à des attaques contre le niveau de vie - est carrément responsable de la polarisation de la politique. Si la gauche ne parvient pas à fournir une alternative inspirante et cohérente, c'est la droite radicale qui triomphera.

Owen Jones est un chroniqueur du Guardian.

 



23/04/2018
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