Gilets jaunes: Lettre ouverte au monarque


https://static.blog4ever.com/2012/01/636480/v.gifous le voyez, nous ne parvenons même plus à vous dire « Monsieur le président », et c’est loin d’être anodin. C’est uniquement que nous ne vous reconnaissons plus aucune légitimité pour vous réclamer du peuple français.

 

Quand je dis peuple, je pense à tous ces gens, sans doute plus de 90% de la population désormais, pour lesquels la vie est devenue difficile. Cette population  dont vous ne mesurez pas la dramatique fracture savamment orchestrée par vous-même et tous eux qui vous ont précédé aux commandes.

 

Je vous parle de ceux qui sont au fond du gouffre, auxquels vous octroyez une misérable aumône afin qu’ils ne meurent pas tout à fait. Ceux-là vous sont totalement inconnus, absents souvent même des statistiques, selon vos critères : des moins que rien ! Une France inutile qui nous coûte « un pognon de dingue ».

 

Je vous parle de ceux, un tout petit peu moins miséreux pour lesquels la fin du mois est le seul objectif, qui rognent désormais sur tous les petits superflus qui donnaient un peu de couleur à la vie, qui se privent, quand ils ont des enfants, pour ne pas les désespérer et les mettre tant qu’ils le peuvent encore à l’abri de la violence de votre monde.

 

Je vous parle de ceux qui jusqu’alors se satisfaisaient de leur mode de vie, qui n’avaient pas d’angoisse du lendemain, mais voient progressivement la marge se rétrécir, se sentent attirés vers le bas de l’échelle sociale alors qu’ils avaient pour la plupart courageusement œuvré pour accéder à un confort raisonnable. Leur sentiment de mépris et de déclassement est une blessure violente qu’ils ne vous pardonneront certainement pas !

 

Je vous parle de ceux qui ont passé la plus grande partie de leur vie au travail, qui ont travaillé dur parfois, honnêtement toujours, et qui se voient aujourd’hui reprocher leur âge et le fait qu’ils ne sont plus à l’ouvrage. Tous ces anciens, comme certains continuent malgré tout à les appeler affectueusement, que vous décrivez comme de inutiles parasites et égoïstes et qui se voient chaque jour dépossédés d’un peu de ce qu’ils ont souvent eu tant de mal à acquérir et conserver.

 

Je ne vous parle pas en revanche de tous ceux que vous connaissez si bien, qui vous ont porté là où vous êtes et vous y maintiennent, car votre survie est en même temps la leur. Tous ces gens qui détournent, cachent, masquent, volent, dilapident tout ce que vous avez substitué à tous ceux que je vous ai décrits précédemment. Honte à eux ! Honte à vous !

 

Je vous dis cela, votre majesté, car même si rien n’est encore inscrit au fronton de l’histoire, quelque chose vient de changer dans ce pays. Quelque chose qui vous a certainement échappé ainsi qu’à vos zélés protecteurs.

 

Des gens se sont réunis, venus de tous les horizons, de manière d’abord informelle, juste pour dire « Ça suffit ! » Car voyez-vous, les éditorialistes qui vous soutiennent et font servilement votre promotion se trompent. Pas de petites considérations, pas de revendications catégorielles, pas de moi d’abord, ils disent juste leur infini « ras le bol », le fait qu’ils n’en peuvent plus, le fait qu’ils vous en rendent responsable, le fait que votre profond mépris pour les citoyens, ils le vivent comme une insupportable agression, le fait qu’ils ne veulent plus de vous !

 

Votre majesté, je crois en ce mouvement car il touche le pays au plus profond et il ébranle les barrières derrière lesquelles vous vous croyiez à l’abri. J’ai beaucoup parlé sur les points de manifestation et j’ai rencontré des gens tellement heureux de se parler à nouveau, de rencontrer des gens avec les mêmes perceptions que les leurs mais qui ne savaient pas comment renouer le contact. Des gens simples, directs, mais déterminés.

 

Alors, vous allez sans doute tout faire pour briser ce mouvement, vous en avez déjà fait beaucoup, vous allez peut-être réussir à retenir les flammes un instant, mais soyez certain que ce feu qui est né malgré vous et à cause de vous ne va plus s’éteindre. Et je vous le dis, quel que soit votre aveuglement, votre insupportable suffisance, l’illusion dans laquelle vous vivez que vous seriez intouchable, je suis certain que dans un avenir proche, les français vont vous le faire payer. 

 

Alors, votre majesté, si je peux avoir l’outrecuidance de vous donner un dernier conseil, trouvez vite une calèche, quelques soudards et fuyez. Fuyez ce peuple qui ne veut plus de vous et que n’attend plus de brioche depuis longtemps !

 



29/11/2018
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