Gilets jaunes: et si le pacifisme était une impasse?


A propos de la violence

 

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, on entend beaucoup de choses contradictoires par rapport à la violence. A gauche on se déclare généralement non-violent, et on trouve que si les choses pouvaient changer gentiment, Macron se retirer poliment, les banques rendre l'argent et les propriétaires des entreprises partager les profits, tout le monde serait content et resterait courtois. Et Macron rappelle que l'on doit pouvoir entendre sans violence tous les désaccords en se souriant et en se quittant sans rien changer.

Don Helder Camara, "l'évêque rouge" brésilien qui avait le sens de la formule ("quand j'aide les pauvres on dit que je suis un saint, quand je demande pourquoi il y en a on dit que je suis un communiste" proposait un lecture à trois facettes de la violence.


"Il y a trois sortes de violences :

La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue." Dom Helder C.

 

Un livre fort à propos vient juste de paraître qui s'intitule "comment la non-violence protège l'Etat" Peter Gelderloos son auteur y brosse un essai sur l'inefficacité des mouvements sociaux. Si l'on observe ce qui se passe depuis un mois, c'est paradoxalement la présence de la violence, (que tout le monde déplore - officiellement) qui fait durer le mouvement et met en difficulté le gouvernement jusqu'à peut-être le faire plier ? Mais alors de laquelle des trois violences parle-t-on ?

 

J'ai lu ça : "Les épisodes de changements structurels ont tendance à survenir seulement quand une perturbation massive et non- institutionnelle surgit sous la forme d'émeutes, d'attaques contre la propriété, de manifestations indisciplinées, de vol ou d'incendie criminel et que les institutions établies sont ouvertement défiées et donc menacées. De telles perturbations ne sont pratiquement jamais encouragées et encore moins initiées par des organisations, fussent-elles de gauche, qui sont structurellement portés à favoriser les revendications, les manifestations et les grèves ordonnées, qui peuvent être contenues à l'intérieur du cadre institutionnel existant. Elles occultent le fait que la plupart des révolutions ne sont pas l'œuvre de partis révolutionnaires mais bien le précipité d'action spontanées et improvisées." (L'anthropologue James scott)

 

Et encore Herbert Marcuse : " la violence à deux formes très différentes : la violence institutionnalisée de l'ordre dominant et la violence de la résistance, nécessairement vouée à rester illégale en face du droit positif. Il est absurde de parler de légalité de la résistance. Aucun système social, même le plus progressiste, ne peut légaliser une violence qui vise à le renverser. Il y a une violence de l'oppression et une violence de la libération"

 

Curieusement on ne connaît pas de droits sociaux qui n'aient été acquis sans violence. Je n'aime pas plus la violence que quiconque et j'en ai autant peur que chacun, mais malheureusement l'histoire nous enseigne que la violence a toujours été nécessaire pour obtenir des droits sociaux. Aucun patron, aucun pouvoir possédant ne s'est réveillé un matin en se disant "tiens, je vais leur refiler une nouvelle semaine de congés payés"

 

La non -violence est inefficace et elle se fonde sur une falsification des histoires des luttes du passé. Les icônes Gandhi et martin Luther King qu'on nous sort à tout bout de champ en prennent un sacré coup quand on apprend la réalité hallucinante de violence qui les ont précédés et qui est passée sous silence, et comment l'Etat a choisi et fabriqué ces icône pour calmer le jeu. Quant au flower power hippie qui a mis fin à l'invasion américaine au viet nam avec des fleurs, ce sont pas moins de 230 plasticages en moins de 9 mois entre septembre 1969 et mai 1970 sur les campus américains contre des bâtiments civils ou militaires qui ont aidé les fleurs à pousser.

 

La non violence est raciste : ce sont toujours des blancs classes moyennes qui disent à des opprimés racisés que ce n'est pas bien de tout casser. sur le site "urgence notre police nous assassine en toute impunité," la liste nominale de tous les tués par la police dans les quartiers entre 2005 et 2015...jetez un oeil aux prénoms...

 

La posture non-violente est beaucoup plus facile à mimer lorsqu'on est pas soi-même une victime directe de l'injustice. Après tout il est bien plus facile de ne pas éprouver de violence envers son ennemi lorsqu'il n'en est pas vraiment un. On les entend s'offusquer sur les ondes ces journalistes qui trouvent qu'on peut manifester sans violence et qui sont horrifiés par les deux chemises déchirées mais pas par les licenciements secs qui les ont occasionnés.

 

Ce pouvoir est incroyablement violent. Rappelons nous : C'est dans un half track de l'armée que Macron tout juste élu à choisi de descendre les champs Elysées. Et ça n'est pas fini. Si vous avez le cœur bien accroché, trois vidéos :

 


 

 


 

 


 

Franck Lepage à retrouver sur sa page facebook

 



15/12/2018
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