Emmanuel Macron sera un autre président français raté


Intéressant toujours de voir comment la macronie est perçue de l'étranger. Traduction personnelle d'un article du New-York-Times qui ne manque pas de piquant!

 


 

 

https://static.blog4ever.com/2012/01/636480/l.gife président français Emmanuel Macron est le nouveau porte-drapeau du libéralisme. Salué comme la réponse à la marée populiste de l'Europe, il a ravivé la diplomatie française en affrontant le président Trump et le président russe Vladimir Poutine. "La méthode Macron", selon un groupe de réflexion européen de premier plan, est la nouvelle troisième voie, qui fait le lien entre la technocratie et le populisme.

Chez nous, en France, c'est une toute autre histoire. Un récent sondage a révélé que la popularité de M. Macron a chuté de 14 points en août, après une chute de 10 points en juillet. Seulement 40 % des personnes interrogées se sont déclarées satisfaites de la performance du président.

Pour être juste, M. Macron n'a jamais eu beaucoup de soutien populaire au départ. Au premier tour de l'élection présidentielle d'avril, alors que le vote était partagé entre quatre candidats principaux, il a remporté un peu moins de 24 % des suffrages. (Par comparaison, François Hollande a obtenu 28 % des voix au premier tour en 2012. Nicolas Sarkozy a gagné 31 % en 2007. M. Macron a remporté la deuxième ronde avec aisance, mais seulement parce qu'il était le candidat le moins mauvais au deuxième tour - son concurrent était Marine Le Pen, le chef du Front national populiste d'extrême droite.

L'arithmétique électorale n'explique que très peu de choses. La popularité de M. Macron souffre de quelque chose de plus fondamental : le Macronisme. Tout son projet politique a été beaucoup trop centré sur sa personnalité. Une grande partie de son attrait vient de sa jeunesse, de son dynamisme, de son physique et de son talent d'orateur. Cette approche hyperpersonnalisée comportait toujours le risque qu'une fois que son charme s'estomperait, il n'y aurait plus rien à aimer pour ses partisans, ce qui est exactement ce qui se passe.

Depuis son entrée en fonction, M. Macron a découragé de nombreuses personnes en tentant de retrouver la grandeur de la présidence. Dans une phrase qui peut lui coller à la peau le reste de son mandat, il a dit qu'il voulait rendre la présidence plus " Jupiterienne ", en se comparant au puissant dieu romain Jupiter, qui gouvernait le ciel. Lorsqu'il a réuni le Sénat et le Parlement au château de Versailles et leur a parlé de ses ambitions pour la présidence, beaucoup en France se sont indignés des accents monarchiques.

Cette attitude arrogante à l'égard du pouvoir a détruit l'image d'anti-établissement que M. Macron a cultivée pendant la campagne. La plateforme post-idéologique sur laquelle il s'est présenté commence à se révéler pour ce qu'elle est réellement : un vide au cœur de son projet politique.

Les deux grands objectifs politiques de M. Macron sont de réparer l'économie et de réparer l'Europe. Il est même allé jusqu'à décrire sa politique économique comme une "révolution copernicienne", mais il ne fait que pousser la France un peu plus loin sur la voie de la déréglementation du marché du travail et de l'austérité fiscale, un chemin déjà suivi par d'autres pays.

Le nouveau président dit qu'il est déterminé à faire de la France une "nation start-up", empruntant le langage insipide de la Silicon Valley. Cela lui a valu le soutien des capital-risqueurs et des milliardaires de la technologie, mais n'a pas encore convaincu le grand public français. Le contrat social libertaire de la Silicon Valley, avec son attitude cavalière envers l'inégalité, est inacceptable pour une population élevée sur les traditions sociales-démocratiques de la France d'après-guerre.

Son objectif principal est de réduire le taux de chômage en France, qui, à environ 10 %, reste obstinément élevé. Il espère le faire en réformant le code du travail. L'une des nouvelles mesures est le plafonnement des dommages-intérêts que les tribunaux peuvent accorder aux travailleurs qui dénoncent un congédiement injustifié, une mesure visant à donner aux employeurs une plus grande confiance dans l'embauche. Une autre permettrait aux entreprises de moins de 50 employés de négocier des contrats sans avoir à passer par les syndicats. L'extrême gauche française a qualifié ces décisions de coup d'État social, mais le président a veillé à ne pas céder entièrement au lobby des entreprises.

Ce qui compte vraiment, c'est le point final. Toute baisse soutenue du chômage en France serait la bienvenue, mais l'expérience d'autres pays suggère qu'elle se fait au prix de nouvelles formes d'inégalité. En Allemagne, les réformes du marché du travail ont conduit à une prolifération de "mini-emplois", travail à temps partiel légèrement réglementé et qui a pris la place des emplois à temps plein dans certains secteurs. Dans le marché du travail très déréglementé de la Grande-Bretagne, des niveaux d'emploi record coexistent avec une faible productivité, des salaires stagnants et une prolifération de contrats à court terme. Est-ce là l'avenir que veut la France ?

Ce n'est pas depuis le boom économique des années 1950 et 1960 que le capitalisme en Europe a été assez dynamique pour combiner des niveaux d'emploi élevés avec des gains matériels à long terme pour les masses. Aujourd'hui, les choix impliquent des compromis douloureux. Les politiques économiques de M. Macron favorisent les employeurs plutôt que les travailleurs et réduisent ce qui reste de l'État-providence français.

Mais craignant de donner à son programme un contenu politique réel, le président termine ses réformes dans le drapeau européen. Il dit aux électeurs français que ce n'est que s'ils font ces sacrifices chez eux que le reste de l'Union européenne - en particulier l'Allemagne - les prendra au sérieux .

Les plans européens de M. Macron comprennent un budget commun et un ministre des finances pour la zone euro. Ses idées ont reçu des appréciations chaleureuses de Berlin, et il y a des signes qu'un tel accord pourrait être possible après les élections fédérales allemandes du 24 septembre. Mais si la chancelière Angela Merkel gagne, son mandat ne sera pas pour une union fiscale européenne où les recettes fiscales allemandes sont placées dans un pot commun européen. Elle n'a donné son appui qu'à une version très modeste de ce que M. Macron propose. La récompense pour tous les sacrifices consentis par la France chez elle sera minime - et le président ne sera certainement pas plus populaire qu'il ne l'est aujourd'hui.

Le succès de M. Macron à l'élection présidentielle de juin a bouleversé le paysage politique moribond d'une manière profonde et durable. Pour cela, il mérite des remerciements. Mais en tant que projet politique, le macronisme n'est guère plus qu'une rhétorique et un orgueil, soutenus par des politiques néolibérales conventionnelles. Pour l'instant, M. Macron est toujours le chouchou de l'élite libérale mondiale, mais son impopularité croissante nous donne une meilleure idée de ce qu'il a à offrir.

 



27/07/2018
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