Sortir du nucléaire, c'est le Moyen Age ? Faux, M. Sarkozy


 

En déplacement à la centrale nucléaire de Gravelines (Nord), Nicolas Sarkozy a mis toute son énergie pour défendre le savoir-faire français, quitte à insulter les anti-nucléaire et à prendre quelques libertés avec la réalité. Mise au point.

Le choix de la plus grosse centrale nucléaire d'Europe pour ces annonces a quelque chose de curieux. En effet, Gravelines, démarrée en 1980 est, comme Fukushima, une centrale de bord de mer, comportant six réacteurs, dont cinq fonctionnent au MOX. Son positionnement près des habitations et au milieu d'industries classées Seveso en fait un site très sensible.

Gravelines est « un cas un peu particulier » dans le parc français, reconnaît François Godin, chef de division à l'Autorité de sûreté nucléaire. Il rappelle que 34 inspections y ont été faites en 2010 (dont un quart inopinées) et que la sûreté du site est « dans la moyenne du parc EDF ». Quatre incidents de sûreté niveau 1 sur l'échelle internationale y ont été enregistrés l'an dernier (74 sur l'ensemble du parc).

Le Président, qui semble déjà en campagne pour 2012, a fait des déclarations qui méritent des mises au point. Revue de détails.

 

► Nicolas Sarkozy : « Je tiens à manifester la confiance de la France et des Français dans la filière nucléaire et dans le savoir-faire des agents EDF. En tant que chef de l'Etat, j'ai confiance dans la sécurité du parc. Je n'ai pas été élu pour le remettre en cause, il ne sera pas remis en cause. »

Certes, le Président n'a pas été élu sur une remise en cause du nucléaire. Mais après Fukushima, la confiance des Français dans ce type d'énergie s'est un peu émoussée. On se rappelle de la publication simultanée de deux sondages contradictoires :

  • l'un (TNS-Sofres) commandé par EDF et selon lequel les Français « à 55% ne sont pas favorables à la demande des écologistes d'abandonner la production d'électricité nucléaire en France » ;
  • un autre (Ifop), commandé par Europe Ecologie-Les Verts qui dit que « 70% des Français se déclarent favorables à la sortie du nucléaire ».

 « A cause d'un tsunami au Japon, il faudrait remettre en cause ce qui fait la force de la France ? […] C'est la dévalorisation du passéle choix du Moyen Age. »

Des écologistes se disent « insultés » par ces mots qui les font passer une fois de plus pour les défenseurs de la « chandelle ». Même si la France n'est pas sur une faille sismique comme le Japon, le Premier ministre vient pourtant dedemander à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de mener des tests de résistance. La lettre de mission dit :

« Cet audit portera sur cinq points : les risques d'inondation, de séisme, de perte des alimentations électriques et de perte du refroidissement ainsi que la gestion opérationnelle des situations accidentelles. »

 

Les risques de chute d'un avion de ligne ou d'attaque terroriste, devraient aussi être analysés selon les anti-nucléaire, mais il n'en est officiellement pas question.

Sophia Majnoni, chargée de campagne nucléaire à Greenpeace, lui répond que le passé, c'est celui de continuer « un choix fait en réaction à la crise pétrolière il y a plus de quarante ans. »

 

 « Je veux que vous sachiez qu'on va continuer à investir dans le nucléaire. Si je prenais la décision folle de fermer le parc nucléaire français, il faudrait trouver 45 milliards d'euros. »

Personne, même les promoteurs d'une sortie du nucléaire, n'imagine fermer le parc demain. Le scénario élaboré par l'association négaWatt parle de quarante ans avant de fermer le parc. Outre que le problème des déchets nucléaires n'est pas résolu, le coût total d'un tel scénario est à prendre avec beaucoup de pincettes, et s'étalerait sur des décennies.

En Allemagne, pourtant beaucoup plus avancée que nous sur ce chemin, l'évaluation du coût vire au casse-tête.

 

► « Arrêter le chantier de Flamanville, il n'en est pas question. Drôle d'idée d'arrêter la centrale qui sera la plus sûre ».

Le Président a voulu répondre aux propos du président de l'Autorité de sûreté nucléaire, l'organisme pourtant indépendant créé après TchernobylAndré-Claude Lacoste avait déclaré lors d'une audition post-Fukushima, devant le Parlement :

« Je pense que si la question d'un moratoire se pose, et nous nous la posons, ce sera sur la construction de Flamanville 3. »

 

Flamanville 3 est justement cet EPR (le réacteur de troisième génération) en construction dans La Manche pour un coût de 10 milliards d'euros, et qui est la fierté de la filière nucléaire française.

Or, comme le notait Mycle Schneider, expert indépendant, le chantier finlandais est un « fiasco financier » : il accuse « quatre ans de retard et au moins 90% de dépassement de budget ».

L'ASN a, en plus, demandé ces derniers jours à Areva, de revoir les soudures du couvercle de la cuve du réacteur. C'est cette autorité et non le Président qui dit si on arrête les centrales.

 

► « Mais est-ce que nous voulons uniquement le nucléaire ? Non. Nous voulons le nucléaire et les énergies renouvelables. Et nous allons investir massivement dans les énergies renouvelables ».

Le budget de l'Etat n'étant pas extensible à l'infini, on ne peut investir massivement et dans l'un et dans l'autre. Or, les politiques publiques, jusqu'ici pas remises en cause, donnent nettement la priorité au nucléaire. Dans le budget 2010, la recherche et développement publics, de 1 130 milliards d'euros, se répartissaient ainsi :

  • nucléaire : 761 millions d'euros,
  • hydrocarbures : 178 millions d'euros,
  • énergies renouvelables : 190 millions.

Les filières solaire et éolienne, attendent toujours un « investissement massif » pour voir l'avenir avec un peu plus de sérénité.

 

 

La source est ici

 



12/01/2012
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