"Salauds de pauvres" ou les ravages de la pensée unique


« Salauds de pauvres ». Ce qui n’était à l’origine qu’une provocation d’humoriste semble malheureusement s’incruster dans l’esprit des français.

Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux à penser que les chômeurs n’ont pas d’emploi parce qu’ils n’en cherchent pas, que les minima sociaux encouragent à rester chez soi, que les prestations sociales sont trop généreuses pour les familles, et qu’il faut laisser les riches tranquilles.

Une enquête du Centre de recherche pour l’étude et l’observation montre que « la solidarité envers les plus démunis n’apparaît plus comme une idée fédératrice de la société française ». Si jusqu’à maintenant, en temps de crise, les Français se montraient plutôt compatissants, les choses sont en train de changer brutalement.

Témoignage de ce basculement, quelques chiffres tirés de cette étude.

 64 % des Français pensent que « s’ils le voulaient vraiment la plupart des chômeurs pourraient retrouver un emploi » (six points de plus qu’en 2012).

Presque un Français sur deux estime que « faire prendre en charge par la collectivité les familles aux ressources insuffisantes leur enlève tout sens de la responsabilité » (10 points de plus en deux ans!).

37 % sont convaincus que les pauvres n’ont pas fait d’efforts pour s’en sortir (7 points de plus depuis 2012, 12 points de plus qu’au lendemain de la crise!) 

Trois Français sur quatre estiment qu’il est « parfois plus avantageux de percevoir des minima sociaux que de travailler » (augmentation de 9 points en deux ans).

54 % sont convaincus que les pouvoirs publics en font trop (en hausse de 18 points depuis 2012).

53 % déclarent que le RSA incite les gens à s’en contenter (soit 9 points de plus en deux ans).

69 % pensaient en 2008 que l’aide aux familles n’allait pas assez loin. En 2014, ils ne sont plus que 31 % à souhaiter qu’on l’améliore…

71 % du corps social considérait « qu’il faudrait prendre aux riches pour donner aux pauvres » en 2012.  Ils ne sont plus que 55 % aujourd’hui.

Que dire !

Les idées de gauche ne sont plus reprises par l‘opinion. Le discours de campagne de Sarkozy a pris le devant de la scène. Au moment de son retour en politique c’est à méditer sérieusement.

Ces opinions sont à regarder comme une faillite de la pensée de gauche, et donc de ceux qui sont sensés la porter. En effet, il convient de n’être pas trop naïf ou de mauvaise foi et de penser que c’est « la pensée des français » qu’il faut respecter et que les politiques doivent la satisfaire. Nous sommes au contraire face à une « intoxication » collective de la pensée. Une faillite idéologique téléguidée. Les pauvres sont le bouc émissaire facile et sans défense.  Le ministre Rebsamen lui-même ne met-il pas en avant le « chômeur fraudeur », qui abuserait de l’argent public, reprenant complaisamment les propos du Medef qui développe désormais des propositions inimaginables il y a une dizaine d’années.

Les français en sont donc arrivés à confondre le bourreau et la victime. A ce titre, le silence du pouvoir sur les quelques 25 milliards de fraude aux cotisations sociales est un signe. L’attaque des minima sociaux est également une odieuse manipulation. Ce ne sont pas les minima qui sont trop élevés, ce sont les salaires qui sont trop bas. L’écart de salaire entre les plus fortunés et les plus pauvres est de 1 pour 500. Le problème, ce sont bien les plus riches qui confisquent les richesses et œuvrent afin de payer le moins d’impôts possible. On s’apitoie sur le sort d’un acteur alcoolique, on disserte sur l’installation des fortunes françaises en Belgique, on en veut à celui qui vit avec 700€ par moi… Pardon, qui survit !

Soyons vigilants, la désignation des responsables d’une crise parmi les plus fragiles conduit inexorablement au totalitarisme.

 

Inspiré de la lecture de Médiapart.

 



21/09/2014
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