Après le discours de Macron: quelques pensées.


« Digest »  de mes lectures avec quelques petits commentaires personnels :

https://static.blog4ever.com/2012/01/636480/i_6653907.gifls n'attendaient qu'une vaguelette pour crier à la fin des gilets jaunes. Dans la foulée du discours d'Emmanuel Macron ce lundi 10 décembre, membres du gouvernement, députés LREM et éditorialistes bienveillants ont défilé dans les médias pour applaudir à tout rompre les annonces présidentielles : une "accélération sur la trajectoire de justice sociale" d'après l'inénarrable députée Aurore Bergé. Le journaliste d'Europe 1 Jean-Michel Aphatie a même prévenu : "S'il y a un acte 5 des gilets jaunes, il faudra en expliquer sérieusement la raison". Si on avait encore des doutes, on sait maintenant pour qui chante ce monsieur.
Objectif manifeste de l'intervention du président de la République : donner l'illusion d'avoir accédé aux demandes principales des gilets jaunes, afin de délégitimer leur contestation aux yeux de ceux qui, de sondage en sondage, la soutiennent sans y prendre une part active.
Macron garde le cap libéral
En réalité, si l'on se penche d'un peu plus près sur la batterie des annonces présidentielles, difficile d'y déceler une quelconque reculade. L'augmentation de cent euros du revenu des smicards ? Il s'agit en fait d'une hausse de la prime d'activité, déjà prévue sur trois ans, simplement avancée à janvier 2019 pour faire face aux demandes pressantes d'augmentation du pouvoir d'achat. Le choix de ce levier, plutôt qu'une revalorisation du Smic, est révélateur de l'inflexibilité idéologique du chef de l'Etat : augmenter la prime d'activité permet de ne créer aucun droit supplémentaire, ni pour la retraite ni pour l'assurance-chômage, mais aussi d'éviter que la hausse ne se propage aux niveaux supérieurs de rémunération.
La progression généralisée des salaires, un retour à indexation des retraites sur l'inflation réclamées par les gilets jaunes, restent aux yeux du président une menace pour la compétitivité.

La logique libérale, promue depuis le début du quinquennat, est donc toujours en vigueur. Elle s'illustre également dans le caractère non contraignant de la prime de fin d'année demandée aux entreprises.
Quant à l'impôt sur la fortune (ISF) et la flat tax, principales mesures d'allègement de la fiscalité sur le capital mises en place par Emmanuel Macron et qui nourrissent la colère des gilets jaunes, le président a été clair : il ne reviendra pas dessus, jugeant qu'un retour en arrière "nous affaiblirait". C'est qui ce « nous » ? Certainement pas les gilets jaunes et la classe moyenne promue elle-même à un déclassement plus dur dans un proche avenir. Car les taxes et la vie chère vont continuer.
Les promesses de Macron ? La réponse est dans la chanson de Dalida : « Paroléées, paroléées... »
Quant aux réformes prévues en 2019 par Macron, toutes à tonalité libérale - Etat, indemnisation du chômage, retraites -, elles restent à l'ordre du jour.
Augmenter le Smic et les retraites, instaurer un salaire maximum, rétablir l'ISF, supprimer la flat tax, amplifier la participation de l'Etat dans l'économie, développer les services publics, imposer davantage les plus riches : pour le président, appliquer ces mesures constituerait un reniement complet de ses orientations idéologiques. Cela l'obligerait en plus à remettre en question les traités de l'Union européenne et à engager un bras de fer avec la Commission… à mille lieux du rôle de sauveur libéral de la construction européenne qu'il aime tant endosser. N'oublions pas qu'il pense certainement en se « rasant chaque matin » à la présidence des Etats-Unis d'Europe.
Quid de la revendication numéro un des gilets jaunes : l'amélioration de la justice sociale via une redistribution plus grande des richesses, ainsi que la restauration des services publics ? Quand dans le même temps, Emmanuel Macron a fait de la défiscalisation du capital et de la baisse des impôts des plus fortunés la pierre angulaire de sa politique.
Nés de la hausse des taxes sur le carburant, les gilets jaunes ne se battent pas pour obtenir satisfaction sur quelques revendications précises : ils portent un projet de société alternatif, non soluble dans le macronisme.

Cette opposition idéologique se double d'un contraste sociologique marqué.
Au cœur du face à face entre les gilets jaunes et l'exécutif, il y a bien un conflit , une lutte de classes. Car plus que leur appartenance aux catégories populaires, il est frappant de constater que les gilets jaunes se réclament du peuple, et ont de longue date conceptualisé leur combat comme celui de la France "d'en bas" contre ceux "d'en haut".
Le discours de Macron ne s'adresse pas aux gilets jaunes.
François Ruffin, favorable aux gilets jaunes, l'avait rappelé dans un discours place de la République, lançant cette adresse à la petite bourgeoisie parisienne : "Vous avez une responsabilité, Paris a une responsabilité. Vous êtes un public plus diplômé, plus aisé que les gilets jaunes. Nous sommes la classe intermédiaire, celle qui a le choix de se ranger derrière ceux d'en haut ou derrière ceux d'en bas".
Il a involontairement et malgré lui donné à Macron la solution pour sortir de la crise. Emmanuel Macron a compris le message : ses propositions ne s'adressent pas aux gilets jaunes. Elles sont destinées à ceux qui ont jusqu'à présent soutenu la mobilisation mais peuvent encore changer d'avis. Des citoyens qui ne ressentiront pas forcément l'impact concret des mesures présidentielles mais estimeront que, grâce à elles, les gilets jaunes ont eu ce qu'ils réclamaient et que poursuivre leur action au risque de nouveaux heurts serait désormais illégitime, malgré leur sympathie initiale pour le mouvement.
Cette petite bourgeoisie qui comprend également la classe moyenne supérieure, existe dans toute la France. Que va-t-elle choisir ? Le Haut où le Bas ?
Vue la crise économique, financière qui pointe son nez, et l'obstination libérale des pouvoirs en place on peut fortement douter qu'elle soit aspirée vers le Haut.
Son choix devrait se porter logiquement vers une France qui porte l'accent sur l'amélioration de la justice sociale via une redistribution plus grande des richesses, ainsi que sur la restauration des services publics ? Et là, ce n'est pas le choix de Macron.
En aura-t-elle l'audace, le courage ? Pas sûr. Il en va pourtant de sa survie à plus ou moins longue échéance...Car fatalement lorsque la classe moyenne sera complètement éradiquée, il ne restera plus qu'elle à être ponctionnée, imposée ; il est évident que Macron ne s'attaquera jamais aux riches qui l'ont d'ailleurs porté au pouvoir. Elle a intérêt à se marier avec les forces d'en Bas plutôt qu'avec celles d'en Haut auxquelles malgré ses rêves elle n'appartiendra vraiment jamais.

 

 

Mimi



13/12/2018
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