Traduction: Le boom de l’énergie met des puits dans les jardins de l’Amérique.


L'industrie du gaz change la donne économique aux USA. Elle ne modifie pas que cela. Son impact sur les paysages et l'environnement est colossal, ainsi que sur  l'ensemble de la société américaine qui sen trouve bouleversés. L'importance de l'argent et la manière dont les américains le souhaitent, l'apprécient, le refusent, le craignent fera sans doute des ravages à long terme.

 

Ce long et passionnant article que j'ai traduit invite à la réflexion. 

Ne manquez pas les deux infographies en fin d'article (en anglais) ni les photos des paysages évoquées qui rappellent combien cette industrie impacte l'environnement.

 

 


 


 

La fracturation hydraulique a grandement modifié les paysages du pays.

Plus de 15 millions d’américains vivent aujourd’hui à moins d’un mile d’un puits de fracturation. Le boom du gaz de schiste a créé des conflits entre ceux qui profitent des puits et ceux qui n’en profitent pas.

À travers les États-Unis, de nouveaux puits de pétrole et de gaz ont contraint des millions de gens à côtoyer l'industrie du pétrole et du gaz. Pour beaucoup, les entreprises pétrolières et gazières sont les bienvenues car elles arrivent avec des chèques. D'autres considèrent les nouvelles arrivées encombrantes, malodorantes et perturbatrices. Le boom du forage amplifie le ressentiment dans quelques communautés quand l'aubaine financière d'une personne impose à  ses voisins la proximité d’un puits.

Le « Wall Street Journal » a recensé et analysé la localisation de puits dans plus de 700 comtés sur 11 états. Ce sont au moins 15,3 millions d’américains qui vivent à moins d’un mile d’un puits foré depuis 2000. C’est plus que la population du Michigan ou de New York. [Ramené à la France, cela représenterait environ 3 millions de personnes près d’un puits… NDRL]

L'arrivée du matériel pétrolier dans les jardins américains est le résultat de l’extraordinaire boom énergétique dû en grande partie à la fracturation hydraulique. La fracturation a permis le forage des Schiste argileux de Niobrara dans le Colorado, aussi bien que du Marcellus Shale en Pennsylvanie, du Barnett Shale au Texas et bien d'autres.

Le changement peut être spectaculaire. Dans le comté de Johnson au Texas, il y avait en 2000 moins de 20 puits de gaz et de pétrole. Une fraction seulement des résidents de ce comté principalement sub-urbain, au sud de Fort Worth, vivaient près d’un puits ou pouvaient vous dire où en trouver un.

Aujourd’hui, plus de 3 900 puits parsèment le comté, et quelques 99,5% des 150 000 résidents vivent à moins d’un mile d’un puits. Des transformations similaires se sont produites en Pennsylvanie, au Colorado et au Wyoming selon les données recueillies par le journal.

Si l’on en croit le recensement de 2010 sur la localisation des puits, 23 comtés répartis dans tout le pays avec chacun plus de 4 millions de résidents, ont plus de 3 puits par mile carré. La comparaison de la densité des puits avec les époques antérieures est difficile en raison des données incomplètes concernant un siècle de forages.

La fracturation a redynamisé une industrie nationale en difficulté.

Les États-Unis sont inondés de gaz naturel peu coûteux, baissant les coûts de l’électricité et les factures de chauffage domestiques. [ Voir ici un article qui nuance cette affirmation.] La production de pétrole brut a fait chuter les importations qui étaient au plus haut de puis 22 ans. Le boom de l’énergie a ravivé le rêve des États-Unis de voir cesser leur dépendance aux importations de pétrole étranger. Cela reste encore un lointain objectif.

Seulement voila, l’énergie ne provient pas d’un petit nombre d’immenses puits sur des gisements éloignés, mais de centaines de petits puits qui recouvrent maintenant des comtés entiers.

Ceci a comme conséquence que les Usa font face à une industrialisation sans précédent. Chaque puits demande à ce que soit créée une zone stabilisée de 1 ou 2 acres [ce qui représente entre ½ et 1 hectare NDRL]. Ensuite, un derrick de 10 étages est assemblé pour forer un trou de 3 000 mètres de profondeur

Après cela, le puits est fracturé, créant des milliers de minuscules fissures dans la roche pour libérer le pétrole ou le gaz. Cela implique de lourds équipements : des camions d'eau et de sable, des mixeurs, des éclairages de stades, des pompes, le stockage des produits chimiques, des camions d'injection et des salles d'opérations pour orchestrer le tout.
Le processus peut durer trois semaines à trois mois. Une fois la fracturation terminée, l’ensemble se déplace vers le prochain puits et une valve de plusieurs pieds de haut est installée.

A Cleburne au Texas, Robert Webb vit à environ 200 mètres d’un puits foré par Chesapeake Energy Corporation, duquel  il reçoit des royalties. Il dit qu’il reçoit 100$ par mois du puits le plus proche et de quelques uns plus éloignés.

L’arrivée du Matériel de forage et de fracturation ressemble plus ou moins à un cirque » dit-il. « Les camions commencent à arriver d’on ne sait où et ça continue… 

Le derrick ressemble à « un vieil arbre de Noël et il est illuminé comme rien d’autre au monde » dit-il. L’activité se déroule 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Il ne regrette cependant pas d’avoir signé le contrat et dit « Si c’était à refaire, je le referais probablement ». « C’est de l’argent facile. Quelqu’un vous offre de l’argent pour quelque chose qui ne va pas vous affecter dramatiquement, bien sûr que vous le prenez. »

Partout dans le pays, Les forages montrent des signes d’essoufflement. Une baisse des prix du gaz rend le forage moins attractif aux alentours de Fort worth et en Louisiane du nord où la produxtion de gaz était la plus élevée. Ainsi, les derricks ont migré vers le Dakota du nord et le sud de San Antonio pour viser le pétrole des formations de « Bakken » et de « Eagle Ford ».

Il y a en moyenne plus de 5 puits par mile carré dans le comté de Johnson. En Pennsylvanie, la moyenne est de moins d’un puits par mile carré alors que près de Pittsburgh, on trouve 4 puits par mile carré.

 

 

Dans le Wyoming, il y a relativement peu de puits. A Mehoopany, vit Emily Krafjack, à 1,5km d’un puits et moins d’un mile d’un autre. Quand le puits le plus proche a été foré, le bruit était si fort qu’elle ne pouvait pas entendre la télévision, et les camions qui attendaient pour vider les produits de fracturation emplissaient sa maison de fumées d’échappement. Elle partage les royalties, mais refuse d’en dire plus.

Elle travaille avec une association à but non lucratif pour gérer ce qu’elle appelle un « équilibre délicat » entre les désagréments causés par les puits et les bénéfices en découlant. La mission de son groupe n’est pas de stopper les forages, mais de préserver la qualité de la vie et protéger l’environnement tout en aidant l’économie.

Elle apprécie les gains apportés par le boom du forage. «Je connais un gars qui était camionneur, mais son camion était stationné dans son allée depuis un an et demi parce qu'il n'y avait pas d'emplois», dit-elle. "IL a obtenu un emploi pour transporter du sable, il est à la maison tous les soirs et se fait un bon salaire."

Ces préoccupations au sujet du forage ont conduit à une série de restrictions nationales et locales, comme ce moratoire sur les forages dans l'état de New York, ou comme de nombreuses villes qui limitent les heures de forage et exigent que les entreprises paient pour des barrières anti-bruit. Les municipalités de Pennsylvanie ont intenté un procès car l'Etat a tenté de limiter leur capacité à utiliser leurs pouvoirs de zonage pour limiter le forage. La “state Commonwealth Court” s’est ralliée aux municipalités et a rejeté un alinéa de la loi appelée Act 13, qui aurait limité le pouvoir des municipalités dans le zonage et la régulation des forages.

Le gouvernement fédéral procède par étapes pour rendre le forage moins importun et plus sûr. Il y a un ensemble de règles qui entreront en vigueur en 2015 pour exiger la capture des émissions des sites de fracturation. Le MINISTÈRE DE L'ENVIRONNEMENT étudie aussi l'effet potentiel de la fracturation sur l'eau potable et publiera ses conclusions et recommandations en 2014.

Certaines compagnies disent qu’elles travaillent à devenir de meilleurs voisins. Mark Boling de Southwestern Energy Co. dit que si l’industrie échoue dans ce domaine, elle se heurtera à l’opposition des communautés et il lui deviendra plus difficile de forer.

« L’industrie a fait un magnifique travail pour résoudre les problèmes sous la surface du sol  pour extraire le gaz naturel » dit-il. Cependant, elle n’a pas fait beaucoup d’efforts pour le traitement en surface. Nous devons réfléchir plus à ceci. Il cite «de meilleurs silencieux pour les machines, des équipements pour capturer les rejets dans l’atmosphère, des enceintes, des murs anti-bruit autour du forage, des blocs de protections, comme des exemples de ce qui pourrait être fait.

Souvent, ce qui différencie les propriétaires favorables ou opposés aux forages est la manière dont ils en bénéficient financièrement. Les recherches de la firme IHS Inc. Montrent que les propriétaires ont reçu 504 millions $ pour louer leurs terres sans qu’il soit possible de savoir combien de personne cela concerne. Le rapport n’indique pas à combien se sont montées les royalties perçues pour le gaz et le pétrole extraits. Des représentants de l’industrie affirment qu’il s’agissait d’une somme supérieure.

 

 

Dans le gisement Eagle Ford, une recherche récente de l'Université du Texas (Institut de San Antonio pour le Développement Économique) a trouvé dans 14 comtés de la région, sur une surface de la taille du Maryland et du Massachusetts réunis, une production moyenne de 250 $ l’acre par année de royalties. Ce paiement vient en complément des bonus anciens de bail qui étaient généralement de quelques milliers de dollars par acre.

 

Sue Barnett d'Arlington, au Texas, possède 4 hectares, une des rares propriétés non divisées dans cette zone de banlieue entre Fort Worth et Dallas. Elle a signé un bail avec Exxon Mobil Corp. qui a installé un forage "à 15 mètres de ma pelouse," dit-elle.
Trois puits ont été forés sur sa propriété depuis 2009. "Le travail s’est passé comme sur des roulettes," dit-elle. Exxon a dit qu'il paierait le déplacement de ses chevaux dans une autre grange s'ils étaient effrayés par le bruit, mais ce n’a pas été nécessaire.

« Quand ils m’ont donné le chèque, j’ai dit que j’allais payer mes impôts et quelques factures et mettre de l’argent de côté pour les mauvais jours » dit-elle. « Je suis reconnaissante. » Elle a refusé de dire combien elle avait reçu.

Mais de nombreux propriétaires ne reçoivent pas de paiements. Il est légal, et dans certains endroits commun, que la propriété foncière soit séparée des "droits miniers". Une personne se contente de posséder et vivre de sa terre, tandis qu'un autre groupe détient le droit d'y forer. Les acheteurs de maisons ne savent pas toujours ou ne pensent à vérifier si une propriété est vendue avec les droits miniers.

Russ Baudris, le maire de Azle, Texas, dit qu’un lotissement de sa ville a été scindé en deux. La moitié des résidents était propriétaire des droits miniers – et recevait des royalties – et l’autre moitié ne l’était pas. « Que vous soyez pour ou contre, » dit-il, « la ligne avait été tracée ».

John Tintera, directeur exécutif de la « Railroad Commission”, dit qu’il regrette que des gens supportent les désagréments du forage sans être payés. Les gens qui reçoivent de l’argent sont “un peu plus réceptifs et conciliants avec le forage normal". Il dit qu’en tant que régulateur, il reçoit plus de demandes de gens qui sont propriétaires des terrains mais pas des droits miniers.

Une des réclamations les plus fréquentes concerne le trafic des camions. Le forage et la fracturation d’un puits demandent plus de 1000 trajets de camions pour les équipements, les travailleurs et l’eau. Après que le puits soit terminé, la moyenne tombe à un trajet par jour pour la visite du puits.

La proximité des puits peut également faire baisser la valeur des maisons en raison des craintes sur la pollution de l’eau de source. Une étude dans la banlieue de Pittsburgh a découvert que, entre 2004 et 2009, les prix des maisons près des puits étaient 10% supérieurs à ceux des maisons plus éloignées, sauf si la maison utilisait l’eau du puits au lieu de l’eau municipale. Dans ce cas, le prix était inférieur de 16% à celui escompté.

L’étude confirme qu’il y a une vraie perception d’un risque concernant l’eau de source.

Madame Johnson, dont la vue depuis son bureau a été barrée par un derrick, a dit il y a quelques jours que les chose s’améliorent quand le forage se termine.

Maintenant, elle s’inquiète de futurs forages sur le même site, une pratique commune. « Y en a-t-il d’autres à venir ? » dit-elle. « Vous voulez juste que votre petit coin de paradis reste le même. » Elle ne reçoit aucune royaltie. Elle s’inquiète également des effets de la fracturation sur l’eau. « Je dois être informée, car aujourd’hui, c’est dans mon jardin. »

Les études n'ont pas confirmé les réclamations concernant la contamination de l’eau. Cependant, la proximité avec les puits a soulevé quelques questions. Un journal scientifique a constaté récemment que les puits en Pennsylvanie situés à moins d’un kilomètre d'un forage de gaz naturel avaient bien des niveaux plus élevés de méthane dissout, et la distance par rapport aux puits avait une corrélation significative avec la quantité de gaz dans l'eau.

Du méthane dans l’eau crée un risque d’incendie s’il s’échappe en quantité suffisante. L’industrie affirme que des niveaux élevés de méthane se produisent naturellement et ne sont pas liés à la fracturation.

« Chaque fois qu’il y a augmentation de l’activité industrielle là où vivent des gens, parfois dans leur jardin, il y a plus de risque que quelque chose aille mal. » dit Robert Jackson professeur de biologie qui a fait des recherches sur la fracturation.

« Nous aurons un million de nouveaux puits de pétrole et de gaz forés dans les quelques décades à venir aux USA » confirme-t-il. « Il est de l’intérêt de tout le monde que ça se passe bien. »

Quelques municipalités y travaillent. A.J. Krieger, administrateur de la ville de Érié, à environ 20 miles au nord de Denver, a signé volontairement l'année dernière un accord avec deux entreprises d'énergie pour mettre en œuvre l'utilisation « d'unités de rétablissement de vapeur » - quelque chose qui n'est pas courant dans l’industrie mais commence à se répandre -. Ces unités capturent des polluants, y compris des cancérigènes, qui peuvent être déchargés dans l'air pendant des opérations de fracturation.

M. Krieger dit que le forage peut coexister avec la banlieue tant que les administrations locales ont "une approche stricte des questions de qualité de la vie et font un effort sincère pour mettre en œuvre les meilleures pratiques."

De retour dans le Comté de Johnson, Roger Harmon, élu depuis 1995, dit que le changement "a été bon et cela a été mauvais." Beaucoup de résidents ont reçu de gros chèques de redevance et le comté a baissé son taux d'impôt foncier grâce au forage. Mais il déplore la perte "de l'atmosphère du pays," dit-il. "Partout vous regardez, il y a un puits."

 

 

 


 


 

Infographies

 


 

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27/10/2013
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