La tragique histoire d'un poème de Prévert


Ne me demandez pas pourquoi je vous livre cet article aujourd'hui. Peut-être pour l'image de l'humanité qu'il renvoie et qui interroge, surtout en ces temps troublés.

Petit supplément, il renseigne sur la genèse d'un poème de Prévert que j'ai appris jeune sans en connaitre bien sur le sens profond.

 

L'histoire d'abord:

Celle de la colonie pénitentiaire pour enfants de Belle-île en mer. Instituée en 1880, l’évènement marquant de l’histoire de la colonie Belle-Île est l’évasion massive de cinquante-six pupilles en 1934, que d’aucuns retiennent sous le nom de la « Chasse à l’enfant », en référence au titre du poème écrit par Jacques Prévert, ou encore « scandale des bagnes d’enfants ». Jacques Bourquin résume ainsi cet épisode : « Depuis plusieurs mois, le climat est médiocre à l’intérieur de l’institution. Un soir d’août 1934 éclate un incident au réfectoire, un incident apparemment bénin. Contrairement au règlement, un colon a mangé son fromage sans avoir bu sa soupe. Il est puni [et passé à tabac], ses camarades du réfectoire se solidarisent avec lui, c’est le début d’une révolte que les personnels n’arrivent pas à contenir. Les pupilles franchissent les murs de la colonie, se répandent dans toute l’île où se trouvent, en cette période, beaucoup de vacanciers ». Une « battue » est organisée afin de retrouver les enfants. Les habitants de Belle-Île et les touristes sont mis à contribution, et pour les motiver, une récompense de vingt francs par enfant trouvé leur est promise, certains gagneront même jusqu’à deux cents francs. Cette forte mobilisation a permis de retrouver tous les enfants, qui ont reçu une sévère correction. Une campagne de presse qui durera trois ans est alors menée par Alexis Danan, grand reporter pour le journal Paris-Soir, afin de dénoncer les pratiques de ces « bagnes » pour enfants et de sensibiliser l’opinion publique. Il lance des appels à témoignages et met en cause d’autres colonies telles que celle de Mettray, en Indre-et-Loire.

 

Le poème de Prévert:

 

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu'est-ce que c'est que ces hurlements
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant
Il avait dit j'en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l'avaient laissé étendu sur le ciment
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s'est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant
Pour chasser l'enfant, pas besoin de permis
Tous les braves gens s'y sont mis
Qu'est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C'est un enfant qui s'enfuit
On tire sur lui à coups de fusil
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent
Rejoindras-tu le continent !
Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau.

 

Jacques Prévert.

 

 



09/01/2019
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