Gaz de schiste: le bêtisier du rapport Bataille-Lenoir


Je crois qu’il n’est pas inutile de revenir sur les « arguments» pro gaz de schiste du député Bataille et du sénateur Lenoir dans leur déjà célèbre rapport sur lé « faisabilité » de l’exploitation des gaz de schiste en France.

Médiapart en fait une critique savoureuse que vous pouvez retrouver à ici https://static.blog4ever.com/2012/01/636480/mediapart.jpg

Pour ceux qui ne sont pas encore abonnés, je vais m’essayer à un petit résumé.

 

Après avoir constaté que les argumentaires avancés ressemblent à s’y méprendre à ceux utilisés jadis pour « enrober » le nucléaire d’une coquille rassurante, reprenons quelques « déclarations » de ces 2 zélateurs…

 

« La fracturation peut se concevoir uniquement avec des produits de type ménager, peu ou pas toxique » (p . 47)

Voici une façon bien cavalière de balayer la crainte des opposants liée à l’utilisation de produits chimiques lors de la fracturation : acide chlorhydrique, polyacrylamide, éthylène glycol… Et j’en passe. Selon le rapport Bataille-Lenoir, cette fracturation peut se concevoir avec des produits d’usage alimentaire, telle la gomme de guar, une fibre végétale soluble utilisée par l’industrie agroalimentaire.

Et là arrive à point nommé le produit  « cleanstim » fabriquée par le groupe américain Halliburton (p. 48) : pâte de soja, jus de fruits, amidon alimentaire, sucre glace, lait et crème de noix de coco, chocolat de glaçage, blancs d’œufs … Mieux que certains plats cuisinés de triste actualité. Ce sur quoi il convient d’insister, c’est qu’à ce jour, seulement 32 puits utilisent ce produit miracle. 32 puits sur les 500 000 puits de gaz de schiste creusés aux Etats-Unis. Difficile de considérer cet exemple comme représentatif.

Tous les parlementaires n’étant pas aux ordres de l’industrie, le président de la commission du développement durable de l’Assemblée nationale, Jean-Paul Chanteguet s’insurge et déclare: la fracturation hydraulique « utilise aujourd’hui 750 composés chimiques, dont 29 ont été reconnus cancérigènes et à risque pour la santé humaine, auxquels il faut ajouter l’arsenic et les éléments radioactifs qui remontent des couches fracturées vers la surface ». Beaucoup moins idyllique c’est vrai.

 

« La fracturation hydraulique est utilisée en géothermie » (p. 43)

Là on vous explique que la fracturation hydraulique est sans danger : la preuve, on l’utilise depuis longtemps en France (Rocard n’avait pas dit autre chose il y a peu…). Alors, pourquoi interdire une technologie pour la recherche d’hydrocarbures, si elle est autorisée pour capter la chaleur de la roche sous terraine ?

La réalité, encore une fois, est tout autre. La technique utilisée en  géothermie s’appelle « stimulation » hydraulique. «Sa mise en œuvre est différente » de la fracturation. Les gaz de schiste sont forés dans des zones complètement imperméables, où il faut injecter de grosses quantités d’eau et de produits chimiques. « Alors qu’en géothermie,  le milieu est naturellement fracturé, contient déjà de l’eau, que l’on peut utiliser, et on n’a pas besoin de produits chimiques. Ce n’est pas du tout le même impact environnemental ».  Mensonge par approximation.

 

« Poursuivre l’exploration puis engager dès que possible l’exploitation du gaz de houille (gaz de couche) » en Lorraine et dans le Nord-Pas-de-Calais « dans la mesure où elle ne nécessite pas l’emploi de la fracturation hydraulique » (p. 70)


Pour les rapporteurs, le gaz récupérable dans les anciennes mines de charbon  ne nécessite pas de fracturation hydraulique : « le développement du gaz de houille ne pose pas les mêmes questions que celui du gaz et du pétrole de roche mère, car il ne nécessite pas l’emploi de la fracturation hydraulique » (p. 8). Il peut donc être foré sans danger pour l’environnement : « l’exploration et l’exploitation du gaz de houille peuvent et doivent être engagés dans des délais assez rapides » (p. 28).

Encore une fois, la réalité est tout autre : l’appellation « gaz de houille » recouvre deux types de gaz différents :

Le gaz  « de mine », récupéré par pompage,  et le gaz de « couche ». Ce qui est vrai, c’est que ces « coalbed methane », selon la terminologie anglo-saxonne, sont exploités aux Etats-Unis et en Australie par fracturation hydraulique.

« Des délocalisations d’entreprises outre-Atlantique sont à craindre, en raison de l’écart de compétitivité que la manne gazière et pétrolière a créé entre les Etats-Unis et l’Europe » (p. 7)


Observe-t-on un mouvement de délocalisation des entreprises européennes vers les Etats-Unis  du à la différence de prix du gaz des deux côtés de l’Atlantique?

Le directeur scientifique du Rocky Mountain Institute Amory Lovins est catégorique : « Absolument pas ». Dans son ouvrage, il met en garde contre le mirage des retombées économiques des gaz de schiste : à cause de la volatilité des cours du gaz américain et  « des incertitudes liées à la durabilité et aux impacts du gaz de schiste ». Pour lui, « l’efficacité énergétique affiche généralement un coût inférieur à n’importe quel type de gaz ». Il recommande donc « d’utiliser ce combustible avec parcimonie ». 

 

Des auditions bien homogènes

Si on observe attentivement la liste des personnes auditionnées par les rapporteurs entre décembre 2012 et mai 2013, on ne manque pas d’être surpris. Sur les 75 personnalités entendues, deux seulement représentaient une association de défense de la nature (Greenpeace et France Nature Environnement). Soit 2,7% des orateurs invités. Les autres intervenants travaillent pour des compagnies pétrolières, gazières, sont chercheurs ou responsables administratifs.

La composition de la délégation de l’Académie des sciences cache Vincent Courtillot longtemps proche de Claude Allègre. Il est spécialiste de « magnétisme terrestre, géodynamique, traps et points chauds, extinction en masse des espèces ». Guère de rapport avec les hydrocarbures non conventionnels, et certainement pas dans la recherche d’alternatives  à la fracturation hydraulique. La question est donc : « que faisait-il là ? »

Ce rapport est semble-t-il une étape, mais son contenu et la mauvaise foi de certains arguments « soufflés » par les lobbys industriels ne laissent rien augurer de bon pour l’avenir.

 

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09/06/2013
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