Ahmed, 8 ans, CE2, entendu pour apologie du terrorisme…


Ahmed, 8 ans, CE2, entendu pour apologie du terrorisme…

 

Et tous nos fins politiques qui nous expliquent sans la moindre gêne qu’il n’y a là rien de plus normal…  J’ai beaucoup de mal à accepter cette position. 8 ans ! Vous imaginez la conscience des choses que ce môme peut avoir, le sens qu’il peut donner à ces paroles… Oui mais, me rétorquera-t-on, il  répète ce qu’il a entendu, donc il est normal d’enquêter dans la famille… Et là, nous sombrons dans la pure paranoïa et l’aveu d’une méconnaissance de ce qu’il se passe dans les quartiers. Qui peut, avec un minimum d’intelligence, penser que ce gosse n’a pas entendu ces propos répétés des dizaines de fois autour de lui ? Par les copains, les grand frères, dans les discussions au pied des tours, et en mille autres lieux où fleurit et s’égraine la violence et le rejet de cette société qui a engendré ces ghettos.

Je voudrais ici rappeler haut et fort que nombreux ont été ceux, et j’en ai fait partie, qui pendant des décennies, et oui tout ça ne date pas d’hier, ont essayé d’alerter les autorités politiques et administratives sur ce qui se tramait dans les quartiers. Quartiers ghettos, communautarisme, diffusion d’idées extrêmes dans les caves des immeubles, délinquance, radicalisation de certains membres des communautés. La monté de la violence, nous sommes nombreux à l’avoir vécue, en direct, dans notre travail. Nous savions parce que nous étions au milieu de la place. Nous avons averti, dénoncé, et nous avons systématiquement été ignorés au prétexte que cela ne nous regardait pas. Nous avons vu le voile revenir sur la tête des femmes, nous avons subi les insultes des jeunes que nous avions éduqués, suivis, que nous avions tenté de faire accéder au rang de citoyen. Nous n’avons pas été écoutés en un temps où la paix sociale s’acheter au prix de menus cadeaux et surtout de coupables renoncements.

Qui a créé ces quartiers ? Qui n’a rien voulu savoir quand nous dénoncions la politique d’attribution des logements qui rassemblaient en un même lieu des populations de mêmes horizons, ayant les mêmes difficultés ? Qui est responsable de la situation actuelle sinon ceux qui ont fabriqué le monde tel qu’il est ?

Ahmed n’est vraiment que la partie infime de l’iceberg contre lequel toute notre société risque de venir se briser. Les réactions prouvent  tout le moins que les politiques n’ont encore une fois rien compris, qu’ils persistent dans leur aveuglement, qu’ils proposent encore et toujours des mauvais remèdes  une vraie maladie. Il est certain qu’imposer à un enfant de 8 ans, fut-il accompagné par ses parents, un interrogatoire était une réponse inappropriée à ce qui nous menace. Le plus grave, c’est que, avec une campagne de communication savamment orchestrée, on parviendra à persuader le bon petit peuple que c’était inévitable, pertinent et efficace. Et tant pis si tout le reste de l’iceberg reste hors de notre perception.

Je ne finirai pas sans dire qu’en cette occasion, la réaction de l’école ne me semble pas avoir été à la hauteur. Un peu d’intelligence, une bonne connaissance du quartier et des enjeux, une certaine dose de diplomatie, une capacité à relativiser l’évènement, le souci de ne pas céder à la psychose ambiante, la maîtrise de ses nerfs et le souci d’efficacité auraient dû empêcher que l’on en arrive  cette extrémité.  L’école est un sanctuaire, pas le lieu de toutes les délations possibles.   

  

 


 

 

 

 



30/01/2015
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