Les Communards.


 

Ils serraient leur espoir au creux de leur musette
Il ne leur restait rien d'autre à mettre dedans
Ils se donnaient leur vie comme on règle une dette
Ils n'avaient que la mort à foutre sous leurs dents.
Le désespoir d'hier qui fumait les masures
Ils l'avaient ramassé et le portaient sur eux
Ils s'y étaient taillé, juste à leur démesure
Un habit de gala pour chaque miséreux.
Aux enfants des égouts, ils changeaient la litière
Leur offrant dignité et fierté du regard
Par le droit d'être humain, sans classe et sans frontière:

Ils avaient l'univers au cœur les Communards
Ils avaient l'univers au cœur, les Communards.

Ils troussaient les idées, les valeurs, la morale,
Et les déshabillaient pour leur faire l'amour
Et enfanter leur loi, politique et sociale
Qui mettrait la justice, en appel, dans les cours.
Aux pensées qu'ils aimaient, ils reversaient à boire
Du rouge, avec leur corps pour dernier abreuvoir
Pour que l'Homme affranchi commande à son histoire,
Aux mots, pour être vrais, ils livraient le pouvoir.
Ce qu'ils cherchaient vraiment, ils cherchaient à le dire
Mais ils avaient trouvé la ligne de départ:
C'était Versailles au bout de la ligne de mire:

Ils visaient le malheur au cœur, les Communards
Ils visaient le malheur au cœur, les Communards

Ils traçaient leur savoir d'une pointe nouvelle
En donnant à leur vie, pour règle, l'horizon,
Avec la liberté aux accents de pucelle
Qui pendait le profit au mât de leur raison.
L'égalité, pour eux, commençait dans l'assiette
Jusqu'au droit, pour chacun, d'assurer ses besoins
Entre l'homme et la femme, elle avait eu sa fête
Leur sang, sur les pavés, s'aimait, comme témoin.
Sûr qu'ils ne pensaient pas, ces décrocheurs de lune,
Ouvriers, artisans, vieux soldats et moutards
Qu'ils tonneraient si loin leurs canons de fortune,

Qu'ils chargeaient leurs fusils pour nous, les Communards
Ils chargeaient leurs fusils pour nous, les Communards

Entre se résigner, avec le ventre vide,
Ou mourir dans la rue, avec du plomb dedans
Si l'air de mai portait des bouffées de suicide
Ils préféraient la mort qu'on mord à pleines dents.
Le monde qu'ils cherchaient, nul ne l'a fait encore,
Il nous reste à venir, dans des dizaines d'ans,
L'avenir le leur doit à ces gars de l'aurore
Qui s'apprenaient la vie, d'un coup, en la perdant.
Il se peut qu'une nuit, soulevant notre écorce,
On se dise, prudent, au chaud, dans son plumard,
Qu'on aimerait savoir, savoir trouver la force,
Savoir cet honneur fou de mourir Communard


Avoir cet honneur fou de mourir Communard
Savoir cet honneur fou de mourir Communard

 

Marius Vinson

 



31/07/2018
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