LA PASSOIRE INFERNALE DE FUKUSHIMA


Par François Leclerc

 

La saga de l’eau contaminée se poursuit en s’amplifiant à Fukushima. Longtemps niés, les rejets dans l’Océan Pacifique ne peuvent plus l’être et ont été finalement reconnus le 22 juillet dernier par l’opérateur de la centrale. Ils ne sont devenus un problème « urgent » pour Shinzo Abe, le premier ministre, qu’au lendemain des élections sénatoriales qui ont vu la victoire de sa formation, le parti Libéral-Démocrate.

Les sous-sols et galeries souterraines inaccessibles des trois réacteurs en permanence aspergés pour être refroidis regorgent d’une eau hautement radioactive qui se déverse en continu dans la mer, probablement depuis longtemps. Cela arrangeait Tepco, l’opérateur de la centrale, qui préférait l’ignorer, déjà littéralement débordé par les quantités d’eau contaminée à stocker. Mais l’eau de refroidissement contaminée se mélange en effet à de l’eau provenant de la nappe phréatique, à son tour atteinte, accroissant son volume global estimé à 700 mètres cubes quotidiens. Au final, entre 20 et 40 mille milliards de becquerels ont selon Tepco fuit de mai 2011 (deux mois après la catastrophe) à juillet 2013, émanations d’un cocktail infernal de tritium, césium et strontium.

Aujourd’hui, sur injonction de l’autorité nucléaire japonaise (NRA), Tepco a commencé à pomper l’eau et prévoit de mettre en place dans les jours à venir une capacité quotidienne de pompage de 100 mètres cubes. Le ministre de l’industrie (METI) estime toutefois que 300 mètres cube atteindraient la mer chaque jour. Cherchez l’erreur. Endémique, le phénomène passoire ne fait pas que se confirmer, il s’accentue. Toutes les tentatives de créer un circuit fermé digne de ce nom de l’eau de refroidissement, en la décontaminant après son passage dans les réacteurs pour y être à nouveau injectée, ont jusqu’à maintenant failli, les installations de décontamination successives incapables d’accomplir les performances pour lesquelles elles ont été conçues. Une nouvelle station de décontamination présentée comme plus performante est toujours en attente de mise en service depuis septembre 2012, les retards s’accumulant. Le stockage de l’eau contaminée dans des réservoirs a pris des proportions démesurées, des fuites ont déjà été signalées dans trois des gigantesques cuves, qui ont du être vidées. L’avenir de ces installations provisoires (créées en 2011, les cuves sont prévues pour durer 5 ans) et par nature précaires n’est jamais évoqué. Mais une pollution majeure pourrait résulter d’un séisme aboutissant à la rupture de réservoirs alignés sur de vastes étendues. Les sous-sols représentaient donc ce point de vue une capacité de stockage inavouée mais bienvenue…

 

La suite sur le blog de Paul Jorion.

 

 



26/08/2013
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