Gaz de schiste : «Les professionnels et les intérêts financiers ont repris l’offensive», selon Nicole Bricq


François Vignal

Le 26.03.2012 à 19:18

 

La présidente PS de la commission des finances du Sénat, Nicole Bricq, est opposée aux gaz de schiste. La sénatrice de Seine-et-Marne, département qui intéresse les pétroliers, pointe la discrète création d’une commission d’évaluation, qui pourrait ouvrir la voie à des forages hydrauliques par fracturations, à titre « scientifique ». Cette technique est décriée pour ses effets sur l’environnement, notamment les nappes phréatiques. 

 

Entretien.

 

 

Une commission nationale d’évaluation des techniques d’exploration et d’exploitation des gaz et huiles de schiste, aux seules fins de recherche, a été créée sans publicité jeudi par décret. Les associations écologistes dénoncent « l’hypocrisie du gouvernement ». C’est aussi votre sentiment ?


Cette commission était prévue par la loi de juillet 2011. Je vous rappelle que les sénateurs PS n’ont pas voté sa création. Sa composition est dominée par les représentants de l’Etat et des professionnels du secteur. Son expression démocratique va être limitéeOr, elle a été vendue comme une avancée. Vue l’offensive que mènent les professionnels du secteur – il faudrait se jeter dans les bras d’un nouvel eldorado – je comprends que les associations parlent d’une certaine hypocrisie. Chez les sénateurs, on a toujours dit que cette commission servait de caution à la réouverture du dossier. En Ile-de-France, je vois que les achats de terrains continuent. On est dans une offensive, après avoir reculé. Les professionnels et les intérêts financiers ont repris l’offensive.Ce n’est pas un dossier mis sur la table dans cette campagne, mais derrière il y a un choix énergétique que la France doit faire. Quant à l’Eldorado, on voit qu’en Pologne ce n’est pas l’Eldorado attendu. La première des énergies, c’est celle qu’on ne dépense pas. Si on se réengage dans une autre dépendance, cela nous empêchera de faire un grand plan d’économies d’énergie.

 

Le rapport de la mission d’inspection des ministères de l’Industrie et de l’Ecologie se dit favorable à « un nombre limité » de forages par fracturation hydraulique pour mener des « expérimentations à seule fin de recherche scientifique sous contrôle public ». Ces garanties ne vous paraissent-elles pas suffisantes ?


C’est une garantie, mais dans quel but ce contrôle est-il exercé ? Il faut qu’il y ait des représentants de l’industrie et des représentants de l’écologie. Qu’est ce qui s’est passé dans cette affaire ? Le ministre a sauvegardé et signé les autorisations. Il a dit ensuite qu’il n’avait pas vu… Nathalie Kosciusko-Morizet s’est désintéressée très tôt du sujet. Le ministère de l’Ecologie a complètement perdu la main. Il faut que ce soit à parité. Que les intérêts des uns et des autres soient représentés. Et on n’a toujours pas réglé le problème de l’étanchéité entre exploitation et exploration. La frontière n’est pas claire. Il faut une réforme du code minier pour cela.

 

Interrogé sur le sujet fin février, François Hollande a affirmé qu’il ne fallait « jamais rien écarter, surtout si des recherches démontrent qu'on peut obtenir ce gaz sans nuire à la nature »…
Il faut lire tout ce qu’il a dit. Il est prudent. Mais il ne ferme aucune porte. Ça fait partie du débat énergétique qu’on doit avoir, qui est uniquement focalisé sur le nucléaire. Pour l’instant, on n’a pas d’enquête publique.


La position de François Hollande ne vous dérange-t-elle pas ?


Il est prudent sur des sujets qui n’ont pas été arbitrés convenablement. Quand vous avez Total qui fait un procès a l’Etat, qui attaque des dispositions de la loi Jacob, et que vous n’avez aucun progrès technologique qui démontre qu’on peut faire autrement que par fracturation, vous pouvez être prudent. Ce débat reviendra après la présidentielle je pense. Je comprends sa prudence.


 



26/03/2012
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