France : Anomalie générique : Le refroidissement des réacteurs ne sera plus assuré en cas de séisme important


https://static.blog4ever.com/2012/01/636480/l_6657445.gife 11 octobre 2017, l’exploitant des centrales nucléaires françaises a annoncé une anomalie générique de niveau 2: en cas de séisme, les tuyauteries des stations de pompages qui assurent l’apport en eau nécessaire au refroidissement des réacteurs ne tiendront pas. Mal entretenues, corrodées, elles ont perdu en épaisseur, et donc en résistance. Selon l’annonce de l’exploitant 20 réacteurs sont concernés. Mais si on y regarde d’un peu plus près, c’est la moitié du parc nucléaire français qui perdrait totalement ou partiellement la possibilité de refroidir les réacteurs. Quelques jours après l’annonce d’EDF, l’ASN publie un communiqué de presse et l’IRSN une note d’information qui viennent préciser un peu ce qu’a communiqué l’exploitant. En effet, ce sont bien au moins 29 réacteurs qui sont concernés. Et en effet, l’origine du problème vient de la corrosion et de la rouille qui a rongé les tuyaux, de fait d’un manque d’entretien. En cas de perte totale de refroidissement, la fusion de ces réacteurs ne pourra pas être évitée, ce qui s’était passé à Fukushima, avec les conséquences que l’on connait.

Il y a quelques mois, le 20 juin 2017, l’exploitant des centrales nucléaires françaises annonçait une anomalie générique de niveau 2 affectant 20 réacteurs : en cas de séisme, les ancrages des diesels de secours ne tiendront pas, avec pour conséquence la perte d’alimentation électrique des réacteurs. Il s’agissait à la fois de problèmes de conception génériques et de problèmes locaux liés à un mauvais état ou à un mauvais montage des ancrages des systèmes auxiliaires. Les centrales de Belleville, Cattenom, Flamanville, Golfech, Nogent, Paluel, Penly et Saint-Alban étaient concernées.nucleaire.JPG


Moins de 4 mois plus tard, le 11 octobre, EDF annonce une nouvelle anomalie générique toute aussi grave pour la sûreté, affectant aussi 20 réacteurs : cette fois-ci, ce sont les tuyauteries des stations de pompage qui ne résisteront pas en cas de séisme. Sachant que les stations de pompage permettent d’approvisionner en eau le système de refroidissement des réacteurs, la conséquence serait donc une perte totale de refroidissement de ceux-ci. Les réacteurs concernés sont ceux de Belleville (1 et 2), Cattenom (1, 2, 3 et 4), Chinon (B3 et B4), Cruas (1 et 4), Dampierre (1, 2, 3 et 4), Golfech (1 et 2), Nogent-sur-Seine (1 et 2) et Saint-Laurent-des-Eaux (B1 et B2). En cas de séisme "de référence" [1], les tuyauteries se rompraient, entrainant l’inondation de la station de pompage, ce qui rendrait impossible le refroidissement du réacteur.

Mais si on y regarde d’un peu plus près, ces défauts (dus selon EDF à des épaisseurs de tuyauteries trop faibles) touchent plus de réacteurs que les 20 annoncés. En effet, pour 9 autres réacteurs EDF a démontré la tenue au séisme, mais sans pouvoir garantir qu’il n’y aurait pas d’inondation des stations de pompage (Cruas 2 et 3, Paluel 3 et 4, Saint-Alban 1et 2, Tricastin 1, 3 et 4). Et Paluel 2 est toujours en cours de contrôle, on ne sait donc pas ce qu’il en est pour ce réacteur à l’arrêt depuis la chute d’un de ses générateurs de vapeur lors de son remplacement en mars 2016. Cette anomalie générique de niveau 2 concerne donc au moins la moitié du parc nucléaire français.

Il y a quelques temps, fin juin 2017, la centrale de Belleville déclarait un évènement significatif pour la sûreté similaire : des tuyaux d’une épaisseur trop faible pour résister en cas de séisme (tuyaux alimentant en eau le système incendie du réacteur 2), avec pour conséquence finale une impossibilité d’évacuer la puissance résiduelle du réacteur. Initialement classé au niveau 1, cet évènement qui a été à l’origine du programme de vérifications des tuyauteries lancé dans toutes les centrales vient d’être reclassé au niveau 2. Il s’est avéré qu’en réalité ces sous-épaisseurs étaient la conséquence d’une maintenance inadaptée. Les anomalies génériques des ancrages déclarées en juin avaient pour origine à la fois des problèmes de conception, de montage et d’entretien. On peut donc légitimement s’interroger sur l’origine de l’épaisseur trop faible des tuyaux des stations de pompage concernées par cette nouvelle anomalie générique annoncée le 11 octobre. Mais ce n’est pas dans le communiqué de presse d’EDF qu’on trouvera la réponse. Encore une fois, le travail des instituts et des journalistes nous donne une vision bien plus précise de la situation. Bien moins rassurante, mais bien plus réaliste, l’état actuel de la sûreté du parc nucléaire français et le manque de rigueur de l’exploitant font froid dans le dos.

A certains endroits, les tuyaux sont tellement rouillés que l’épaisseur de leurs parois a diminué. « Suffisamment pour qu’en cas de séisme le risque que ces tuyaux ne puissent pas résister aux secousses soit réel », alerte Rémy Catteau, directeur chargé des équipements sous pression nucléaires à l’ASN. Or ces tuyaux transportent l’eau puisée dans une rivière ou dans la mer pour refroidir des composants essentiels qui maintiennent les réacteurs à température. « En cas de rupture de cet approvisionnement d’eau froide, des réservoirs d’eau permettent de refroidir temporairement les réacteurs, reprend l’expert. Mais si le problème dure, on peut redouter, au stade ultime, la fusion du combustible, ce qui constitue un accident nucléaire grave. » [2]

Lors de l’accident de Fukushima au Japon en 2011, c’est la rupture de l’un de ces circuits de refroidissement et l’incapacité pour les diesels de secours, noyés par le tsunami, de fournir l’énergie électrique nécessaire pour activer des arrivées d’eau additionnelles, qui avaient conduit à la fusion du combustible du réacteur numéro 4. Et finalement à son explosion.

« Ces dégradations sont la conséquence de la corrosion qui a pu se développer en l’absence d’une maintenance préventive adaptée », pointe du doigt l’ASN. « EDF doit absolument renforcer l’efficacité de sa maintenance, renchérit Frédérique Ménage, directeur de l’expertise de sûreté à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). D’autant que les centrales vieillissent, certains réacteurs s’approchent de la quarantaine, ce qui était a priori la limite de leur durée de vie. Nous courons le risque de rencontrer ce genre de problème de plus en plus souvent. » [3]

 

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31/10/2017
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